Ma démarche photographique consiste à questionner une perception du monde fondée sur une approche des apparences visuelles : masses, formes, couleurs, ombres, lumières et rythmes. C'est essentiellement un travail sur la forme.

Cette notion de rythme est pour moi essentielle : j'estime qu'elle organise l'espace ressenti.
Je pars du principe que le rythme est une notion commune à deux choses : la lumière et l'ombre.
La lumière d'abord, parce qu'en éclairant, elle révèle les formes, les textures et les volumes.
L'ombre ensuite, parce qu'elle met en valeur ce qui est en lumière.

Ce couple se répond et donne naissance à une alternance qui crée le rythme. Ici la zone d'ombre va être d'autant plus essentielle qu'elle va mettre en valeur celle de la lumière et vis et versa.

Ce travail porte beaucoup sur les valeurs de l'obscurité et de la forte lumière, deux espaces qui ont pour point commun d'être des non-lieux remplis de ce qu'on ne peut pas distinguer. Bien que noir ou blanc, une obscurité ou une forte clarté sont d'abord prises comme un espace non délimité, donc comme un lieu qui aurait pour fonction de renfermer ce qu'on ne voit pas : l'obscurité parce qu'elle absorbe, la clarté parce qu'elle ronge.
L'obscurité devient alors un espace saturé d'intuitions : on n'y voit rien, ou peu, alors on devine.
La clarté devient à l'inverse un espace d'aveuglement : on n'y voit que des formes rongées par lumière.

L'objet qui subsiste dans ces deux espaces devient alors un rythme, une rupture.

Enfin, la finalité généralement attendue est picturale. Ce vecteur m'intéresse parce qu'il fait naitre à partir de la matière. Avec la photographie, j'inverse ce processus : c'est à partir de la matière que je cherche l'image finale.
Ce n'est donc ni un travail photographique ni un travail pictural : mon travail se situe entre la planéité du tirage, la matière de l'objet et l'atmosphère du non-lieu photographiés.